La gauche “bas du front“

Bas du front

L’ami Nicolas m’ayant fait l’honneur d’une réponse à mon dernier billet dans son blog, je ne pouvais guère me priver de lui répondre par le même biais.

Sur les coupures d’électricité

Nicolas nous dit que le gouvernement a “hérité“ d’une situation laissée par ses prédécesseurs. C’est là une des bases de la démocratie. Les élus arrivant aux responsabilités récupèrent le passif de leurs prédécesseurs et doivent faire avec. Donc, Macron doit gérer une situation qu’il n’a pas forcément provoquée (bien qu’en tant que Ministre de l’Économie de Hollande, il a probablement eu son mot à dire sur les choix faits à cette époque).

De plus, Macron est Président depuis 5 ans, soit un mandat complet, et il en est à son second mandat. On peut donc dire qu’il hérite aujourd’hui de son propre passif, et qu’il peut difficilement aujourd’hui se cacher derrière l’héritage hollandais. Ça sous-entendrait qu’il n’a à peu près rien branlé sur la politique énergétique du pays depuis son arrivée au pouvoir.

Reste enfin, et je le reprécise, que ce qui me choque dans ces coupures est encore une fois une certaine forme d’inégalité. Plus précisément, il y a même une forme d’injustice à mes yeux. Je ne vois pas pourquoi je devrais me peler le c.. et manger une salade froide quand l’ami Nicolas dégustera son andouillette-frites à la Comète ; celle-ci ayant la chance d’être située à 350 mètres de l’hôpital de Bicêtre, elle pourra généreusement consommer les 2000W nécessaires à la cuisson des frites croustillantes sans être inquiétée d’une éventuelle coupure.

Sur la gauche…

Soyons clairs, et c’est avec regrets que je le dis : la gauche hollandaise a brillé par sa nullité constante depuis fort longtemps. L’élection triomphale de 2012 est en grande partie due au rejet du sortant d’alors, les socialistes n’ont guère travaillé après celle-ci (le Gouvernement ayant plus ou moins – et plutôt plus que moins – coupé les ponts avec les militants qui découvraient les mesures dans la presse), et peu de textes passés dans cette période méritent le qualificatif “de gauche“.

Prenons par exemple le CICE (oui je fais exprès). Je me rappelle encore des images de Pierre Gattaz (alors patron du Medef) arborant fièrement ses pin’s “1 million d’emplois“ si on réduisait la charge fiscale sur les entreprises … on cherche encore ce million, par contre les actionnaires ont bien profité du cadeau. Les différentes itérations de la loi travail n’ont pas marqué de fortes avancées pour les salariés (en terme de représentation, c’est, de l’avis de tous les syndicats, une reculade). Et l’ensemble du bilan n’est guère brillant, j’invite d’ailleurs les lecteurs à relire l’inventaire qui en a été fait par les militants du PS en 2019

D’ailleurs la catastrophe de la candidature d’Hidalgo en 2022 a bien montré ce que les électeurs de tous bords ne voulaient plus : des lignes floues, des grands principes et des mesures hasardeuses lancées à la cantonade, sans réel sérieux derrière, et un positionnement politique proche du “ni-ni“ qui ne fait plus recette. Nicolas me dira que les électeurs traditionnels du PS ont plutôt voté Macron, je crois surtout qu’ils ont renforcé les cohortes abstentionnistes, ne trouvant pas dans l’offre politique pourtant pléthorique une candidat qui parlait de leurs aspirations. Macron doit sa réélection au contexte (rappelons que la crise ukrainienne a suscité chez les électeurs un sentiment de stabilité nécessaire) et à la mobilisation des électeurs de gauche qui réfutent l’extrême-droite.

Clairement, la gauche de gouvernement de demain doit se réinventer, sur ce sujet nous sommes à peu près tous d’accord, mais ce n’est pas en s’inspirant des recettes insipides d’hier qu’elle pourra retrouver le chemin des responabilités… loin s’en faut.

Sur le libéralisme…

Nicolas me reproche de “taper“ sur le système qui m’a fait vivre. Et Didier, dans ses commentaires, dit même qu’il n’a rien de “libéral“. Quand on démantèle le services publics et qu’on fout en l’air ce qui fonctionnait pour ouvrir la concurrence, quand on taille des croupières dans les budgets des écoles, des hôpitaux, pour satisfaire les créanciers, quand une entreprise publique passe de premier exportateur d’électricité en Europe à importateur, je considère qu’on est pas braiment dans un système dicté par l’Économie étatique.

Précisions aussi que ce système ne m’a pas fait vivre. Après 25 ans de carrière dans la grande distribution, je suis parti une main devant une main derrière, la multinationale qui m’employait préférant économiser quelques milliers d’euros, me privant par la-même d’indemnités de chômage alors que j’avais cotisé pendant tout ce temps. Clairement, ce système n’a pas hésité à m’appauvrir après m’avoir fait bosser pendant tout ce temps. Et au vu de mes salaires, on était plus dans la survie qu’autre chose. EN terme d’épanouissement humain, on a vu mieux.

Je maintiens que ce système est à bout, qu’il épuise les ressources humaines et les ressources naturelles, et qu’il ne sait plus quoi inventer pour maximiser les profits, tout en oppressant ceux qui le font vivre : les travailleurs. Alors oui, ce discours à des relents arlettiens, mais les mouvements de démissions, les difficultés de recrutement dans les métiers en tension, les mouvements sociaux divers montrent que beaucoup n’en peuvent plus de ces injustices, et qu’ils sont prêts à envoyer leur patron se faire cuire un œuf. La gauche, quand elle s’y attelle sérieusement, a le pouvoir de réguler, de remettre le bien-être des populations au centre des valeurs. Force est de constater que depuis la sortie de Lionel par la petite porte, elle n’en a guère eu l’occasion…

Sur le “bas du front“

Dans son commentaire, Didier trouve mon billet “bas du front“. Je trouve ça assez amusant. Déjà parce que j’ai la chance d’être épargné par la calvitie, ce qui, à mon âge est parfois un privilège rare. Mais aussi parce que ce mépris de classe, je le ressens souvent. Je ne suis en effet qu’un prolétaire, n’ayant que le bac à la base et souvent employé à des tâches considérées par mes supérieurs comme insignifiantes. En bref, je ne suis pas toujours légitime à exprimer mes idées, parce que je n’ai pas l’âge, la culture politique où que sais-je d’autre.

Ça tombe bien, je continuerai à dire tout fort ce que je pense, à m’amuser de ces commentaires, et à lire les critiques littéraires de Didier que j’apprécie pour ses écrits, moins pour ses commentaires 😊. Bref, tout cela m’amuse et ça valait bien un billet

3 thoughts on “La gauche “bas du front“

  • Bonjour Stéphane ! Bien qu’ayant quitté Twitter et tu imagines pourquoi, j’ai fait le choix de continuer de te suivre par un autre biais, et comme j’ai bien fait !!! Bravo pour ce billet encore une fois, si juste dans tes propos ! Merci 🙏 tu transcris parfaitement, pour ma part, la vérité, rien que la vérité. Amen 😉 Queen06 si cela te parle…

    • Comme je te comprends pour Twitter. J’y suis encore présent mais en dilettante. J’ai aussi un compte sur Mastodon (cf le billet précédent) si le cœur t’en dit.
      Pour le reste ce billet est aussi une réponse un peu potache et bravache a Nicolas (qui est et reste un camarade de jeu appréciable et apprecié). Mais je n’ai pas la prétention de détenir la vérité absolue. Ça reste ma pensée , transcrite avec ma grande bouche et je suis bien heureux qu’elle te plaise.
      Prends soin de toi et profite du Sud et du soleil 😊

  • Tu parles de l’inventaire, et tu mets un lien vers le site du PS, mais il ne s’agit pas d’un inventaire mais d’un texte à charge fait par le premier secrétaire. Qui parle bien de son inventaire (« Cet inventaire, j’ai tenté de le faire en préservant la froide objectivité qui s’impose. »), pas de celui des militants. Mais tout cela a peu d’intérêt : le PS a plongé et est incapable de se remettre. Mais nous sommes hors sujet. On ne parlait, à l’origine que du nucléaire. C’est tout un travail de sape qui a été fait par la gauche, au pont d’entrainer Macron avec même s’il a essayé d’annuler la fermeture de Fessenheim décidée sous Hollande, avec un décrêt de Ségolène Royal. Mais, encore une fois, peu importe. J’appelais seulement à un peu de recul par rapport à ton précédent billet (encore que ça nous donne l’occasion de faire de nouveaux billets).

    A propos du libéralisme, je ne te reproche pas de taper sur un système qui t’a fait vivre, je reproche à la gauche EN GENERAL de taper sur un truc auquel elle ne comprend rien. Tu le confonds peut-être avec ce que j’appelle le capitalisme financier. Mais, encore une fois, ce n’est pas trop la question. Mon propos était de dire qu’on ne vit pas dans un monde libéral. Prenons l’exemple de l’électricité : l’entreprise nationale historique publique est obligée d’acheter de l’électricité (solaire, éolienne…) au privé : c’est se marcher sur la tête et ça n’est pas libéral du tout. C’est du capitalisme prôné par la gauche…

    Pour le « bas du front », je ne suis pas le porte parole de Didier mais je le rejoints : les billets militants généralistes ne servent pas à grand chose. Mes propres billets sont plus des critiques de la gauche que du militantisme gauchiste…

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