
J’ai quitté le PS en début d’été, après des mois de questionnements sur mon engagement, ses motivations et le sens de tout ça, et notamment parce que l’organisation de la « primaire » me semble totalement déconnectée des préoccupations des Français. L’été qui vient de s’écouler semble me donner raison sur toute la ligne.
Alors cher·e lecteur·rice, regardons ça ensemble si tu le veux bien.
Le vote censitaire
Première étape de la déconfiture : le vote à 15€. Alors que nos concitoyen·ne·s sont à l’os, ont un mal fou à remplir le frigo, le réservoir d’essence et tout ça, la majorité des socialistes pensent que les Français·es sont prêt·es à lâcher 15 balles pour désigner un candidat. La raison officielle est la peur de l’entrisme des militants LFI qui pourraient désigner un candidat plus à gauche que le champion.
J’y vois deux significations, et les deux n’augurent rien de bon pour la suite :
- Le champion ne se sent pas assez fort et est effrayé par les militants de Mélenchon : alors même que la campagne n’est pas encore lancée, il doute de sa capacité à se faire élire par les militants et sympathisants de la social-démocratie, et préfère un processus « fermé ». Quelqu’un lui a dit qu’une présidentielle c’était une campagne dure, parfois violente, et qu’il valait mieux ne pas se lancer avec la peur au ventre ?
- Le PS ne veut plus des pauvres : j’avoue m’être longtemps senti un peu à part dans ce monde composé majoritairement d’élus, de professeurs (de moins en moins), de professions libérales et de fonctionnaires. J’ai longtemps cru pouvoir porter un point de vue un peu décalé, différent. Force est de constater que rien n’a vraiment changé (quelques évolutions à la marge), et ce choix envoie clairement le message : « on sait ce qui est bon pour vous, ne vos en mêlez pas ».
Bref, pour un parti qui promeut la justice sociale à tout bout de champ, la monnayer 15 balles, ça la fout mal d’entrée.
Les candidats
Le favori : Raphaël Glucksmann
Fort de ses 14%. aux Européennes (si si vous savez les élections juste avant la dissolution ratée), le voilà qui s’imagine en héraut de la social-démocratie. J’ai rencontré le bonhomme, il est sympathique, mais semble effrayé par les débats. Déjà il ne voulait qu’un débat quand ses challengers en voulaient 3. Il a fini par céder à contrecoeur, mais, s’il a déjà peur de débattre avec son camp, ça ne rassure pas sur sa capacité à convaincre face à de réels adversaires.
Ensuite, il est à l’origine du vote censitaire, par peur de l’entrisme des militants de « l’extrême-gauche ». Sa ligne est clairement anti-LFI, mais s’il venait à être élu Président (sait-on jamais) il lui faudra bien une majorité pour gouverner le pays. Et jusqu’à maintenant, sans union large, la gauche est bien incapable d’obtenir cette majorité.
Enfin, il ne semble – pour le moment – pas bénéficier de l’élan populaire nécessaire pour rassembler une majorité des Français·es derrière lui. Autant pour la primaire ça me semble plié, autant pour la suite je suis franchement dubitatif.
Les challengers
Olivier Faure
Le premier secrétaire du PS se présente, et il a bien sûr toute légitimité pour le faire. Il a tenu ce qui restait de la maison socialiste après l’effondrement de 2017, a survécu à la campagne d’Hidalgo, a su œuvrer largement à rassembler les troupes aux législatives de 2022 et 2024 (la NUPES, puis le NFP – majortaire à l’Assemblée), tout en portant parfois des positions singulières face à LFI.
Il a perdu le vote militant sur l’organisation de cette primaire (sa première défaite en 8 ans) et semble en « bout de course » à la tête du PS. C’est dommage, tant il a su mener le bateau, et redonner au PS un peu de son lustre d’antan. Le PS lui doit beaucoup, mais beaucoup semblent l’avoir oublié. Et il n’a hélas pas la carrure d’un présidentiable (même si je le crois meilleur que Glucksmann là-dessus).
Ségolène Royal
Dans la série des « revenants » c’était elle ou Valls. Je ne sais pas ce qui est pire. L’ancienne madone de la bravitude tente un come-back dont on ne sait pas tellement à quoi il va servir, si ce n’est de montrer sa tête à la télé et se rappeler au bon/mauvais souvenir des Français·es. Après avoir hésité entre le macronisme, la gauche radicale, là revoilà socialiste … pour combien de temps.
Jérome Guedj
Ancien frondeur, il défend ici une ligne profondément anti-mélenchoniste. Sa candidature tient autant de la vengeance personnelle envers Mélenchon (ils sont fâchés à mort après avoir été les meilleurs amis du monde pendant des décennies) que de conviction politique. Il défend une ligne laïque radicale, et pour le reste j’avoue que je ne sais pas trop. Il s’est illustré aussi en défendant son « camarade » Philippe Brun, perdant ici l’estime de nombreuses militantes féministes (et la mienne en passant).
Emmanuel Maurel
Représentant la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), ancienne aile gauche du PS ayant fait scission, il défendra son programme… et fera surtout de la figuration. Je m’étonne de sa candidature et le voit honnêtement assez mal faire campagne pour le favori une fois désigné. Bref, à suivre.
L’éliminé de dernière minute : Philippe Brun
Accusé de violences dont on ne connaît pas la teneur (même si ça semble être la piste des VSS qui tient la corde), il a été disqualifié le matin même de la proclamation des candidatures et suspendu à titre conservatoire du PS. Clairement, dans ce genre de cas et quand on revendique être un parti féministe, la décision est bonne.
Mais on a vu son camarade Guedj le défendre sur X, dénonçant la « brutalité » de cette décision. Il m’apparaît assez évident qu’il vaut mieux prévenir que guérir, même si on peut s’interroger sur le (mauvais) timing de cette décision.

La suite
Je ne suis pas Nostradamus, mais avec une primaire qui rassemblera entre 50 et 70000 votants (et encore j’ai peur d’être optimiste), le candidat qui en sortira vainqueur ne bénéficiera pas d’un engouement populaire débordant. Il devra en plus faire face à de nombreuses autres candidatures de gauche (Mélenchon, Roussel, Tondelier, Ruffin…) et la physionomie de cette campagne laisse à penser qu’il ne fera qu’un petit tour avant de s’en aller.
C’est pas encore cette fois-ci que la gauche sortira grandie d’une telle séquence.
Je dédie ce billet à mon ami Nicolas qui nous manque terriblement (et qui nous aurait bien fait marrer à analyser ce pataquès mieux que je ne l’ai fait).