On repart comme avant ?

On repart comme avant ?

Ce matin dans nos quotidiens régionaux, une belle interview du Président de la République, avec des révélations-choc pas grand chose de consistant à se mettre sous la dent.

Remise en cause des 35 heures, entêtement persistant à mener la réforme des retraites, un peu plus de sous pour le système de santé publique (il a « acquis la conviction que l’hôpital avait été fragilisé par des années de gestion budgétaire trop court-termiste »)

Et en « bonus », la nomination de Jean Castex au poste de Premier Ministre n’augure rien de bon. Le personnage a été un des « détricoteurs » du système de santé en étant un des inspirateurs de l’objectif de rentabilité des hôpitaux.

Bref, rassurez-vous Messieurs-Dames, on change le packaging mais les recettes restent les mêmes.

Décroissance ?

Pour beaucoup c’est un gros mot… à mon sens de moins en moins.

Le système capitaliste actuel arrive dans une impasse. On nous demande toujours plus de croissance, plus de profits, plus de productivité… Et la majeure partie du problème vient de ce mot …plus !

A l’origine, le but d’une entreprise est de faire des bénéfices, dont une partie est réinvestie dans l’outil productif, une autre redistribuée aux salariés (dans les entreprises ayant un peu de fibre sociale), le solde servant à rémunérer le patron et les investisseurs. Et c’est là que ça merde.

L’investisseur moderne a besoin de rentabilité immédiate et massive. Il n’a pas le temps d’attendre il est déjà sur un coup juteux. Donc, puisqu’il a confié son pognon à une entreprise, il faut que celle-ci lui rapporte un retour sur investissement rapide. Donc, l’investisseur va mettre la pression : « il faut économiser, il faut que les salariés soient plus productifs, il faut produire et vendre plus, encore plus, toujours plus » … pas le temps d’investir sur le temps long, pas le temps de développer une idée, pas le temps de … rien en fait. Faire du pognon, vite et pas cher. Voilà le mantra d’aujourd’hui.

Dans ma boîte, c’est le même discours. « Repasser sur les chiffres de l’an dernier, faire du plus, de la progression, vendre plus »… en permanence. Et n’oublions pas les économies, d’abord sur les frais de personnel (oui, nous sommes une ligne de frais), sur l’énergie, sur les fournitures, sur l’investissement. Il faut que chaque mesure ait un impact immédiat sur le cash-flow, sur les résultats, sur la rentabilité…

Au final, il faut dégager du dividende (dont une petite partie reviendra au salarié-actionnaire via le plan de participation de l’entreprise – quand il existe), et tant pis pour ceux qui ne vont pas assez vite … On les laisse de côté, on retire ses billes et on se fout bien pas mal du dépôt de bilan, des plans sociaux et des drames qui se nouent autour de la pauvreté de plus en plus présente. Tant qu’il y a des clients prêts à payer.

Le problème, c’est que le plus, ça ne marche plus dans un monde fini. On essore déjà la Terre comme une vieille éponge pour en tirer le maximum des ressources, et tout nous laisse à penser qu’on arrive aux dernières gouttes… quand il ne restera plus rien à sauver, ils mangeront leur pognon ?

Et la crise qui s’annonce ne fait que confirmer tout cela. L’inquiétude de nos dirigeants a pour origine l’effondrement de l’activité, donc des flux financiers. L’argent ne circule plus, la valeur des entreprises baisse. Les licenciements n’ont d’autres objectifs que de protéger la rentabilité des entreprises et espérer dégager du dividende pour le plaisir des investisseurs. Tant pis pour les savoir-faires perdus, toutes ces compétences qui disparaîtront et dont on aura pourtant besoin demain… il faut protéger la rentabilité immédiate.

Et maintenant ?

Maintenant hélas, l’ancien monde est toujours là. Les propos du Président sur la remise en cause des 35 heures, sur la réforme des retraites, les négociations sur le « Ségur de la Santé » qui partent en eau de boudin … tout nous laisse à penser qu’on repart sur un nouveau cycle, avec de jolies annonces pour faire passer la pilule, un appel à faire des efforts pour la patrie, etc… je les entends déjà venir, des tremolos dans la voix, pour que les Français retrouvent le chemin de d’une croissance dont beaucoup ne verront pas la couleur.

La crise sanitaire que nous vivons a clairement montré que ce sytème est fragile, trop fragile. Et si au lieu de vouloir toujours plus, on essayait de vouloir mieux ?

A suivre

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